Archive for avril 2010

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Phil

5 avril, 2010

Phil sera le nom que j’utiliserai pour vous parler d’un des personnages que je rencontre à chaque jour dans un hôpital. En fait, j’utilise ce nom pour éloigner le plus possible le vrai individu de celui que je décris aujourd’hui, même si je ne pense pas qu’il lise ce blogue, où même qu’il sache que celui-ci existe. En fait, je serais vraiment surpris. Parce que vous savez, Phil est le patient avec qui je dois passer le plus de temps par jour.

Ce que je ne vous ai pas encore dit, c’est que je dois passer à peu près trois heures par jour dans un taxi, partant de ma maison à exactement 6h50. C’est moi qui commence le relais du voyage d’une heure et demie, et il s’avère que Phil est le prochain sur la liste. Les premiers jours avec le sujet sont un peu sans intérêt, jusqu’à ce que je m’aperçoive que son défi (longue histoire) était d’être «moins arrogant».

«Hein, pensai-je, Phil serait arrogant? Je n’ai pas vu ça encore.» Et c’est ainsi que celui-ci me fit une démonstration, et j’en souffre pour vous le raconter. En fait, je pense qu’on a choisi «être moins arrogant» parce que l’on n’a pas trouvé une façon plus polie et subtile de dire «être moins trou de cul»; chaque que j’ai eu la malchance de lui parler, ou même d’être témoin d’une des ses habiletés quelconque, j’ai toujours quitté cet épisode avec un certain goût amer, tellement il est désagréable.

Mais je sens qu’il faut que je commence ce diagnostic avec des petites tranches qui ont défini sa personnalité et, du même coup, ses défauts criants. Celui dont je me souviens le plus, est la saga de Beyond Good & Evil. Je m’explique; a peu près une semaine après mon arrivée, l’enseignante est venue à l’hôpital avec la PS2 de son fils, qui était en train d’attendre dans le grenier. Et bien sûr, quand elle est arrivée, on s’est jetés pour voir quels étaient les jeux. Lorsque je faisait le tri, ma respiration s’est suspendue lorsque j’ai vu la pochette du jeu Beyond Good & Evil.

Pour ceux qui ne savent pas – je ne suis pas surpris – Beyond Good & Evil était un excellent jeu d’aventure fait par Ubisoft en 2003, et c’était aussi un triste échec commercial. Pas aussi grave que Psychonauts quelque années plus tard, mais un échec tout de même qui, je pense, fait en sorte que Rayman a perdu de sa forme dernièrement. Et puis la pensée m’est venue en tête; personne, mais bien personne ne jouera à ça ici. Personne. C’est un jeu d’aventure, un joueur, qui ne vient pas du tout d’une franchise connue des jeunes de 12-14 ans. Personne ne jouera à ce jeu. À ce moment j’aurais pu laisser le courant glisser tout bonnement, et puis Phil arrive dans le portrait. Le jour où nous avions finalement installé la console, Phil décide de venir faire le tri des jeux. Et devinez quoi. Ouais, en jugeant seulement sur la pochette – et je dis bien seulement sur la pochette – ce jeu est merdique. En fait, je sais plus ce qui est plus triste, Beyond Good & Evil «merdique» ou Ice Age 2 juste… «correct». Sûrement l’addition des deux. Maintenant, je n’ai rien contre une opinion différente de la mienne, mais quand cette opinion se base sur si peu, ça m’énerve profondément.

Juste assister à cette scène m’a ramolli, et puis un jour, j’ai décidé de passer à l’action. Un jour, j’ai, à quelque part, volé le jeu. Pas parce que celui-ci vaudrait beaucoup, pas parce que j’étais un habitué, mais parce qu’au fond de moi, je me disais que ce jeu, ce disque, méritait mieux que ça. J’étais le seul à apprécier le jeu pour ce qu’il était, et honnêtement, je pense que j’aurais été le seul patient à y jouer, peu importe qui viendra après moi. Bien sûr l’affaire s’est fait savoir, et après l’avoir passé, j’étais contraint à le reporter. J’ai sorti la carte de la valeur sentimentale et j’ai perdu contre la justice. Triste épisode, qui se terminera sûrement un jour sur eBay, quelque part.

Mais revenons au sujet d’aujourd’hui, Phil; ceci n’est qu’un seul exemple de son arrogance malade. N’essayez pas d’argumentez avec lui, il va répondre le regard en l’air. Je n’ai pas parlé du fait qu’il jouerait à Metroid Prime: Hunters depuis trois ans, sûrement pour se sentir mieux à propos de lui-même, et qu’écouter les tirs de fusil à chaque matin, pendant une heure, aura l’effet d’un parasite qui s’incruste dans votre tête. Et il s’en fout pas mal que vous soyez fatigué ou non. Je ne vous ai pas parlé de son air arrogant qu’il donne à chaque réplique, identique aux personnes qui semble vous pourrir la vie. À mure réflexion, celui-ci va sûrement travailler dans une chambre de commerce à l’avenir, vu qu’il a le profil parfait d’un chef d’entreprise bullshiteux qui réussit toujours à avoir le dernier mot contre ses clients. Selon lui, il y a une perception du monde qui est correcte et c’est la sienne. S’il ne rie pas à votre blague, ce n’est pas parce qu’il ne la comprend pas, c’est parce que c’est vous le problème. Des patrons comme certains les détestent.

Mais ce qui est sûr, c’est que peu importe ce que vous pensez de lui, si vous avez la coïncidence de le rencontrer un de ses jours, ce que Phil n’est qu’une facette de mon nouveau quotidien. Bien malgré moi.

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Retailles

2 avril, 2010

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Passer par Go

2 avril, 2010

Kept you waiting, huh?

C’est rare que je décide de prendre du recul, non pas pour reprendre de l’imagination – quoique ça a aussi aidé de son côté, mais bien parce que… parce que. J’avais besoin de prendre du recul. J’avais besoin de considérer toute l’image que sont mes jours à l’hôpital à présent. Je me souviens de m’être dit, de vous avoir dit, que ceci serait un examen de routine; trois semaine et ça suffira. Je n’avais encore rien vu, c’est pour ça que je me hâtais autant. Mais ça m’a rattrapé, et tout ce que j’ai pu faire, c’était de me rendre à l’évidence, calmement. Aussi calmement que je peux être.

Je suis resté muet pendant un mois. Et pas seulement ici; je suis littéralement resté tût à l’égard des responsable de l’hôpital. Pas que je veux leur compliquer la tâche et me faire prendre dans l’engrenage du même coup, seulement que… je n’ai aucune preuve qu’ils viennent chercher ici, sur ce site. Qu’ils viennent lire le cahier de suivi que j’ai laissé sur le comptoir pendant autant de temps. Aucun état de confiance. Mais je me suis quant même trouvé une place entre les autres patients, eux qui je sais sont dans le même pétrin que moi. On cherche tous un issue. Enfin, ceux avec qui je m’entends bien cherchent.

Donc en résumé, je suis revenu à la case départ que je fuyais dès le début. Peut-être que c’est parce que je suis perdu entre les quatres murs, peut-être que ma vie se limite dès à présent à ma chambre, mon taxi, et mon séjour. Je ne peux plus vous dire quand est-ce que je vais revenir, parce que j’ai réussi à me mettre dans un sacré pétrin en brouillant les cartes lundi, mauvaise humeur oblige. Tout ce qui me reste, c’est me fondre dans le décor et vous dire ce que j’ai trouvé.

Parce que je ne sais pas d’après vous, mais dans un endroit pareil, on peut très bien trouver une réflexion humaine de ses peurs.