h1

L’APPÂT – Critique de film

21 décembre, 2010

Je n’ai aucune idée comment commencer à aborder le sujet, comment vous faire une intro là-dessus. Que ce soit clair dès le départ: L’appât est une expérience insultante, humiliante, que vous traitera comme sa bitch à travers toutes ses blagues horribles, répétitives, et sa formule à la chaîne.

La production de ce film est venue de trois personnes; Yves Simoneau, Rachid Badouri, et Guy A. Lepage. Yves Simoneau est un réalisateur québécois qui est parti faire sa marque du côté américain au début des années 90. Si vous n’avez jamais entendu parler de lui, je ne vous blâme pas, car son répertoire vient surtout de films télévisuels. Ce film-ci était censé être son retour en force au Québec, pour les bonnes et les mauvaises raisons; qui sait. Ensuite nous avons Rachid Badouri: Rachid nous a longtemps parlé de son intérêt à entrer dans le septième art (vous n’avez pas idée comment j’ai été souillé par les capsules au Cinéplex) donc ceci est sa porte d’entrée dans l’industrie. Et finalement nous avons Guy A. Lepage… dans le domaine de la télévision, Guy A. Lepage est synonyme de succès, avec des émissions comme Rock et Belles Oreilles, Un gars, une fille et Tout le monde en parle. Au cinéma, Guy A. Lepage est synonyme de Camping Sauvage. Et ainsi, dans un souper au restaurant, Guy lança l’idée, Yves la rattrapa et il la donna à Rachid. Le résultat est ce qui est arrivé au cinéma.

L’appât est un buddy-cop movie très basique, avec la rencontre entre un sergent québécois, Poirier, et un agent secret français, Ventura, entourant la mort d’un patron de la mafia. Je pourrais commencer à vous résumer l’histoire de ce point-ci, mais vraiment le scénario est tellement de formule qu’un simple étudiant aurait pu l’écrire, avec intro, conflit, péripéties, conclusion et résolution. C’est quasiment comme si le scénario était un travail où il y avait des trous à remplir. Et le pire est qu’ils n’essayent même pas de le camoufler, ce qui donne un grand manque de transition entre les scènes, un manque de courant. Il y a aussi le fait que nos deux personnages principaux seront victimes d’un mystérieux complot, qui prend la forme du plus grand panneau de route au monde! Sérieusement, cette intrigue peut être démystifiée après trente minutes tellement elle est flagrante! Une partie de moi voudrait blâmer les acteurs qui véhiculent ce twist, mais une plus grande partie se jette encore sur ce scénario.

Mais vraiment, le monde qui vient voir ce film veut surtout de l’humour dans leur tranche de vie d’une heure et vingt, surtout lorsqu’on parle du duo Lepage-Badouri. Je vais parler de Rachid Badouri éventuellement, mais avant tout il faut que j’adresse la dure vérité qui détruit essentiellement toute l’expérience. Je veux dire, s’il faut que je parle de ce film et de mon expérience, il m’est impossible de passer à côté de ça… Guy A. Lepage ne devrait plus être laissé à moins de dix même de n’importe quelle caméra de cinéma. Pourquoi? Parce que son personnage de Prudent Poirier est sûrement un des personnages les plus irritants et énervants que j’ai vu de toute ma vie. Pire que Jar Jar Binks, pire que les deux robots aux dents d’or de Transformers 2, je n’ai jamais autant voulu la mort d’un personnage dans un film. Jamais. Littéralement, dix minutes dans le film, je souhaitais sa mort, alors imaginer rester avec ce personnage pendant 80 minutes. Tout ce qui découle de son personnage est enrageant; son look, sa moustache, sa voix, son stéréotype de québécois épais, son autre stéréotype de policier épais, et il est un des personnages principaux. Toute l’histoire vient de cet enfoiré, on ne peut jamais le quitter. Maintenant, vous pourriez dire qu’il faut quand même lui donner une chance, mais la vérité, c’est qu’on lui en a déjà donné une… ça ne s’est pas bien passé si je ne m’abuse. Et ce qui est déconcertant quand j’ai quitté la salle c’est que pour toute l’exposition qu’on a eue sur Ventura, l’agent français, on est resté avec un personnage extrêmement plat dont on ne connaît presque rien (est-ce qu’il a une famille par exemple?). Ça ne veut pas dire que Ventura n’est pas un stéréotype ou un personnage plat, seulement qu’on prend plus de temps à l’établir, en essayant de faire une toute petite bute pour donner du relief.

Pour ce qui est de Rachid Badouri, personnellement je n’ai jamais été un fan de lui, mais forcé d’admettre qu’il essaye trop, misant tellement sur sa personnalité pour faire ressortir quoi que ce soit, pour finalement qu’on se rende compte que ça ne fait rien. Les deux autres acteurs dans toute l’intrigue sont Serge Dupire et Maxim Roy, dirigés avec un tel manque de subtilité qu’on n’est aucunement surpris de savoir leurs véritables intentions. Au sujet de quoi? Take a fucking guess!

En fait, le film au complet est d’un manque total de subtilité dans toutes ses facettes. Prenons la scène de poursuite au début du film. Dès que l’action commence, on est frappée par la chanson de Marie-Mai comme ça, sans aucune progression. On doit avoir une scène d’action parce, crisse, il faudrait en avoir une juste ici. En fait, on a vraiment le sentiment que tout le scénario a été fait comme ça. Les scènes ne sont pas là pour progresser l’histoire, rarement même, mais plutôt parce que le producteur est arrivé avec le réalisateur en disant «Là il faudrait avoir une scène d’action, ensuite un peu d’exposition puis un beau cinq minutes d’humour qui va nulle part».

La comédie dans tout ça est une véritable catastrophe, mais bon, quand on est pogné avec un incapable qui sert de figure humoristique, ça part très mal. Ce sont toutes des blagues faciles, que vous avez déjà entendues il y a longtemps, qui sont tellement plates qu’on se demande pourquoi les scénaristes ne l’ont pas remplacé, ou mieux encore, effacé. Je veux dire, Guy A. Lepage en jack-strap, vraiment? Mais le pire dans tout ça c’est qu’Yves Simoneau et William Reymond non seulement choisissent des mauvaises blagues, mais doivent les utiliser trois, quatre, même cinq fois, en nous frappant sur la tête pour qu’on comprenne! Le jack-strap que j’ai mentionné? Ouais, ils font au moins trois jokes sur le même accessoire, et ça ne compte pas la simple action de Guy A. Lepage qui marche avec. Vous savez la blague de quelqu’un qui veut dire ses sympathies à quelqu’un dans une langue étrangère, et il finit par se résoudre à dire «Sympatico»? On a fait cette blague il y au moins dix ans, j’en suis sûr, mais non seulement ils la ramènent, ils la font plus de cinq fois! Et elle est tout aussi plate qu’il y a dix ans! D’ailleurs pourquoi est-ce que les films québécois veulent tellement faire des blagues sur les Français et autres cultures qui ne sont anglophones, à l’exception de Bon Cop, Bad Cop qui a très bien maîtrisé son matériel? Je veux dire, l’humour qu’on y trouve est tellement fade, on peut se retrouver avec une catastrophe!

D’AÏE!

Et vous savez c’est quoi le pire? Pour une histoire si simple avec des personnages aussi profonds qu’une feuille de papier, le film ne nous donne absolument aucune résolution! Aucune! Toutes les questions, toutes les péripéties de l’histoire sont laissées sans rien. Même le conflit à la base de tout est laissé pour comble, après que nos héros aillent détruit le seul plan des antagonistes sans rien faire d’autre! À la place, on a Guy A. Lepage qui nous fait encore une joke de jack-strap avec une face drôle, comme pour nous donner un dernier coup dans la face! Tout cela est suivi d’un montage de bloopers, et non je ne suis pas resté pour cela; si le souper goûtait un chat mort, je ne vais pas rester pour le dessert. Mais même à cela, si t’es obligé de te résoudre à des bloopers pour améliorer l’humour de ton film, vaut mieux laisser faire.

Maintenant, vous pensez peut-être que c’était pour moi une expérience de furie, de rage contre ce film dans la salle, mais honnêtement vous ne pouviez pas être plus à côté que ça, car L’appât est un film humiliant. Ce film est tellement mauvais que j’ai dû souffrir en silence; les ingrédients horribles de cette formule sont montrés dès le début, sans aucune surprise, et tout ce qui vous reste est de les regarder lentement vous ravager. J’ai récemment vu Les Dangereux, cet automne, devinez pourquoi, et ce film n’était pas aussi mauvais pour être honnête – mais c’est comme dire qu’un examen de la prostate avec la main droite fait moins mal qu’avec la main gauche. Si Les Dangereux était de la torture brute, L’appât est l’équivalent de plusieurs années d’intimidation à l’école; c’est prévisible, oui, mais à la longue ça va faire mal.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :