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POUR L’AMOUR DE DIEU – Critique du film

5 septembre, 2011

Il est facile de voir que peu de films ou d’émissions de télévision québécoises d’aujourd’hui abordent le sujet de la Grande noirceur, cette période sombre de notre histoire caractérisée par la grande force conservatrice de Maurice Duplessis et d’une omniprésence de l’Église à travers les politiques du moment. Certains diront que c’est à cause d’une fatigue de la population par rapport à non seulement cette période, mais son histoire en entier, et ils auraient raison, mais il faut aussi admettre qu’il est extrêmement difficile d’aborder une telle époque sans se casser les dents sur un sujet dur comme de la roche.

Ainsi Micheline Lanctôt arrive avec son film Pour l’amour de Dieu, à propos d’un amour interdit entre une jeune sœur et un jeune père dominicain vu par les yeux d’une élève de la sœur, ce qui n’a aucun rapport avec Atonement à propos d’un amour interdit entre un jeune homme et une jeune femme vu par les yeux de la petite sœur de celle-ci, mais elle fait un malentendu qui détruit complètement la relation de– désolé, je vais me la fermer. Ce qui doit être dit à propos de Pour l’amour de Dieu est qu’il possède tout de même des grandes qualités. Ainsi que des grands défauts.

Nous devrons parler de la différence entre le fond et la forme dans le long-métrage dans cette critique, car, autant de fois que cette histoire semble avoir été racontée (surtout pas dans ce film que Joe Wright a réalisé en 2005), elle mérite d’être racontée dans ce contexte historique, à travers les yeux d’un enfant mais aussi à travers les yeux du clergé. À la base, il n’y a rien de mal dans cette idée. Nous devrons cependant nous frapper à la comparaison entre ce film et Le Confessional de Robert Lepage, et non; c’est impossible de s’échapper de celle-ci. J’ai littéralement le DVD du film juste en haut à droite de mon écran.

Le problème, et c’est là que la forme vient en jeu, c’est que Micheline Lanctôt semble avoir voulu que son message soit compris par le plus de monde possible, et sa façon de faire est de rendre les métaphores extrêmement évidentes et maladroites. Par exemple, Jésus prend une grande partie dans le film puisque les deux personnages principaux se confessent à travers le film. Voilà le problème: Jésus est vraiment dans le film. On voit bel et bien Jésus dans sa tunique qui rassure ceux-ci avec sa belle barbe, et il prend facilement 15 minutes du film. Ça sonne faux, oui, mais c’est aussi complètement inutile et moins efficace que si on avait vu ces personnages dans la solitude d’un bâtiment si grandiose. Autre exemple, Léonie (Ariane Legault) doit aller porter une lettre de la part de sa sœur Cécile, et dans l’autobus, elle a un homme menaçant à sa gauche et une femme habillée en vêtements purs à sa droite. Encore une fois, ce n’est pas nécessairement une mauvaise idée à la base. Puis ils commencent à parler, pour clairement vous indiquer que lui il est mauvais et elle, elle est bonne. Est-ce que nous avions eu besoin de cette précision? Non, pas du tout. C’est dommage, car Micheline Lanctôt sait tout de même filmer l’intérieur d’une église avec un certain tact qui garde la beauté de l’architecture ainsi que l’obscurité de l’amour entre le deux jeunes religieux, même Robert Lepage a pas mal fait tout ce qu’on pouvait faire avec un confessionnal et une caméra.

Les acteurs principaux font tous les trois un bon boulot, considérant le travail et la direction qu’on leur a donnés durant le film. Madeline Péloquin et Victor Trelles Turgeon s’en tirent assez bien, mais Ariane Legault est sûrement celle la plus digne de mention puisque sa performance est très différente de celles des autres acteurs de son âge. Celle-ci est beaucoup plus sobre, plus nuancée, et surtout bien moins agitée. Encore là, des fois on peut avoir l’impression que son personnage vient du Village des Damnés, mais ce n’est qu’une petite remarque.

Mais bon, il faut dire qu’après un certain temps, on réussit à passer par-dessus la plupart de ces petites fautes de parcours et le deuxième acte s’avère plus efficace, plus uni dans son écriture et sa livraison. J’avais entendu parler d’une certaine fin gâchée, mais à ce point-ci je me demandais pourquoi et surtout comment pourrait-on en arriver là. Vraiment, rien ne laissant présager un tel scénario avec les évènements précédemment dans le récit, tout semblait arriver à bon port pour un bon petit film québécois sur l’amour à travers la religion.

Puis c’est devenu… bizarre…

Pour faire une histoire courte, la sœur essaye de se suicider, Léonie entre dans le monde des films d’horreur japonais pendant 30 secondes, et puis fait place à la rencontre entre Léonie et Cécile 50 ans plus tard dans l’épilogue, qui s’avère maladroite et, encore une fois, inutile et inefficace. En fait, ne pas savoir qu’est-ce qui allait advenir de ces personnages dans le futur était un bonne course à prendre, une qui laisse le spectateur dans le doute le plus profond que la Grande noirceur laissait dans la tête des gens. Mais il y a autre chose par exemple; cet épilogue est aussi très mal écrit et plein de dialogues incroyables et plein de vérité comme: «C’est pas juste.» L’épilogue ramène aussi des problèmes que l’on pense s’être débarrassés plutôt dans l’histoire, comme, bien sûr, Jésus notre sauveur. C’est un peu comme voir une religieuse débouler les marches d’un escalier, d’un regard horrifié, la voir se relever un moment pour qu’elle déboule les quatre marches qui restent.

Si la grande noirceur était la peur de se faire entendre, Pour l’amour de Dieu a la peur de ne pas se faire comprendre. L’histoire est très bonne, oui, mais la réalisation de Micheline Lanctôt, en voulant rejoindre le plus de monde, finit par rejoindre très peu. Ce qui est triste, car malgré le manque d’assurance, ce propos est légitime. Ceux qui ne sont pas interpellés par le sujet de Pour l’amour de Dieu ne manquent pas grand-chose, mais si vous étiez déjà intéressés, ça mérite tout de même un petit coup d’œil de votre part.

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