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MONSIEUR LAZHAR – Critique du film

4 novembre, 2011

Note: La critique ci-dessous contient des SPOILERS pour mieux parler des personnages et de l’histoire.

J’ai eu plusieurs professeurs importants dans ma vie. Il y a beaucoup de personnes qui se débarrassent de leurs expériences de secondaire quand ils arrivent au cégep; c’est comme un nouveau début pour eux. Je les comprends parfaitement: c’est légitime. Mais j’aime encore me remémorer. J’ai eu un prof qui m’a poussé dans la poésie et le blogue. J’en ai eu un que j’ai un peu traité comme d’la marde auparavant mais désormais je ne peux que le blâmer pour la nombreuse musique que j’écoute désormais, malgré lui. Et puis j’ai eu une enseignante d’anglais de secondaire 5 que je n’ai pas revu à mon retour. Son dernier cadeau fut son livre de «The Giver» que je devais lire pour des questions… honnêtement je n’aime pas ce livre, mais en même temps je ne sais pas ce qui est arrivé d’elle. Et je pense que je ne le saurais jamais.

Monsieur Lazhar est en quelque sorte le dernier film de deux de mes cinéastes québécois préférés du moment, soit Philippe Falardeau à la réalisation et Stéphane Lafleur au montage; une chose tellement incroyable que la nouvelle m’a littéralement donné une éjaculation précoce. Stéphane Lafleur a déjà sorti un autre film plus tôt cette année, En terrains connus, que j’ai bien aimé, mais nous allons surtout nous concentrer sur Philippe Falardeau. Bizarrement, je pense que La moitié gauche du frigo est son film qui m’a le plus touché, maintenant que je sais que je me sais que je dois revoir C’est pas moi, je le jure parce que je suis un idiot. Il est maintenant dans le paysage du cinéma depuis plus de dix ans, et après mure réflexion, je dois me rendre à l’évidence que ceci pourrait être son meilleur film.

Vous n’avez pas idée combien de fois j’ai dû réécrire cette intro.

Le film s’attaque à deux problèmes de la société québécoise d’aujourd’hui, soit l’immigration et le système d’éducation, surtout par rapport aux relations entre professeurs et étudiants; vous pouvez ajouter le suicide si ça vous chante. Nous avons fait une dissertation sur l’enseignement du français dans mon cours de littérature québécois, et je peux vous assurer de tout mon cœur que nous sommes toujours perdus sur la question et que vous si vous me dites autrement, vous êtes un parfait menteur. Seulement à travers ces trois thèmes revient surtout le thème du deuil. L’école est supposément faite pour préparer les jeunes au monde qui les entourent, et puis arrive cette tragédie d’une enseignante, Martine, qui se pend dans sa classe, on ne sait pas pourquoi. L’image de celle-ci vue à travers la petite fenêtre de la porte de la classe est très forte, et finit aussi très abruptement. Deux enfants ont vu son corps, et les deux seront maintenant connectés par ce lien de corde.

L’école veut aborder la mort de Martine comme n’importe quelle autre tâche bureaucrate, quand le personnage de Bachir Lazhar arrive dans le récit. Ce qu’il faut dire (SPOILERS!), c’est que Lazhar n’a jamais été enseignant pendant 19 ans en Algérie; sa femme l’était. Cependant, il reste une personne qui aime lire et qui a vécu cette étape d’une mort hâtive et tragique. C’est d’ailleurs une grande caractéristique de son personnage: s’il aime la voix des autres et qu’il les écoute avec tant d’attention, Bachir reste tout de même silencieux qui ne veux pas véritablement parler de lui-même et du deuil qu’il doit vivre de son côté. Falardeau fait aussi une très grande utilisation de littérature française à travers son histoire, avec des auteurs comme Honoré de Balzac, La Fontaine et Dany Laferrière, qu’il utilise pour ajouter à son propos. L’extrait de La Peau du chagrin est peut-être un peu lourd pour une dictée de 6e année, mais ça illustre aussi le sentiment de fausse résolution dans lequel les élèves se retrouvent.

Un autre angle qui mérite d’être abordé est les enfants. Au cas où vous ne le saviez pas, Bachir Lazhar la pièce était un monologue avec deux personnages d’enfants plusieurs fois mentionnés. Ces personnages sont Alice et Simon, joués respectivement par Sophie Nélisse et Émilien Néron. Nous avons déjà parlé d’enfant actrice dans Pour l’amour de Dieu, mais ici je peux dire que les deux acteurs sont très juste, surtout Sophie qui montre beaucoup d’émotion lorsqu’elle est confrontée au personnage d’Émilien, qui est beaucoup plus instable. En réalité, tous les jeunes acteurs dans la classe de M. Lazhar étaient… excellents, et ceux-ci avaient tous des personnages qu’on apprend à connaître à chaque scène. Nous avons le costaud qui vient d’une famille multiculturelle, l’enfant silencieux qui saigne du nez par moment, la fille de famille stricte et le jeune arabe de la classe. Les enfants, je ne connais pas vos noms, mais je tiens à vous dire… vous étiez vraiment bons.

Monsieur Lazhar aborde aussi de la relation que les enfants ont avec leurs parents dans la société d’aujourd’hui. Après le suicide de leur enseignante, le film ne montre aucune scène avec un enfant et ses parents, à l’exception d’Alice et de sa mère, que l’on ne voit que dans deux scènes. C’est donc dire que le film est presqu’exclusivement sur les élèves et leur professeur. La mère Une autre scène consiste des deux parents de la jeune première de classe à la rencontre des parents, qui ne veulent pas qu’il éduque leur fille, seulement l’enseigner. Et ce, après qu’il leur a seulement dit que leur fille était «un peu froide». Et pourtant, plus tard dans le film on voit la même élève dans la lecture d’une fable de La Fontaine, jouant le jeu; parce que les parents sont trop occupés à protéger leurs enfants contre des choses qui n’existent pas pour vraiment les connaitre. Parce que l’on n’accepte toujours pas que nos enfants ne sont plus nos enfants.

Vers la fin, Bachir vient d’être informé qu’il sera remplacé demain matin, après que la directrice d’école et des parents se sont rendus compte qu’il est en fait réfugié au Canada. La problématique de l’immigration est relevée ici et là dans le récit, mais reviens ainsi en force lorsqu’on nous rappelle la méfiance que plusieurs québécois ont envers les étrangers; surtout lorsqu’ils déterrent ces émotions que nous ne sommes plus capables de confronter. La scène finale montre M. Lazhar en train de réciter la fable qu’il a écrite comme les élèves; fable sur l’injustice qui se mêle aux autres deuils que la classe a dû vivre, cette fois-ci la mort de ses enfants, pendant que les jeunes lui répondent en cœur. «Aimé, e accent aigu». C’est une scène qui, maintenant que j’y pense une semaine après l’avoir vu, est vraiment tragique et hantant, surtout qu’elle revient au commencement du récit. Parce que l’histoire de Monsieur Lazhar finit comme elle a commencé, avec un enseignant prenant un étudiant dans ses bras, avant de partir.

Monsieur Lazhar est sûrement le meilleur film de Philippe Falardeau. C’est non seulement un film qui témoigne du chemin parcouru depuis La Moitié gauche du frigo, et de la maturité qu’il a acquis avec le temps, mais c’est aussi un film qui touche les maux du Québec d’aujourd’hui tout en gardant un sujet universel qui n’a jamais vieilli et qui ne vieillira jamais, et ça le fait avec une histoire très simple, un regard sincère et des interprétations naturelles. Vous devriez allez voir ce film; pas nécessairement parce que c’est bon, mais parce que vous êtes assez grands. Il est temps de vous rappeler comment les gens grandissent.

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