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LA PEUR DE L’EAU – Critque du film + Bonus

29 janvier, 2012

Avant de plonger dans La Peur de l’eau, Vincent aimerait bien dire ses opinions sur quelques films québécois qui sont sortis à la fin 2011, mais qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas été discutés ici.

  • Le vendeur laisse un peu trop de temps à l’audience pour récupérer des chocs dont vis le personnage principal, mais frappe très fort. Gilbert Sicotte est excellent, encore.
  • Nuit #1 a des personnages qu’on veut frapper au visage, mais reste tout de même distinct et intéressant.
  • Marécages essaye de choquer. Marche pas. Pourquoi la scène de viol?

Et maintenant notre programme principal…

***

Une leçon que j’ai apprise à travers les nombreux nouveaux films québécois des dernières années est de ne jamais faire un film sur la base de remplir un trou dans un répertoire, à moins de faire un documentaire bien sûr. C’est une excuse qu’utilisent plusieurs nouveaux films de genre différent de la moyenne, soit le film de fantaisie (Le Poil de la bête), la comédie romantique (French Kiss) ou, dans le cas ci-dessous, le film policier. La vérité, c’est qu’on ne fait pas un film pour combler un vide; on fait un film parce qu’on a une histoire à raconter; une bonne histoire. Pour illustrer cette leçon, nous allons nous attarder à La Peur de l’eau, sorte de polar québécois qui se passe aux Îles-de-la-Madelaine, que certains pourraient même comparer avec Fargo. Mais si Fargo était drôle grâce à la justesse de sa comédie noire qui balançait parfaitement sa violence absurde, La Peur de l’eau est drôle parce que c’est pas… bon.

Le réalisateur ici est Gabriel Pelletier, réalisateur de films québécois populaires autrefois comme Karmina, La Vie après l’amour et Ma Tante Aline. Films qu’on pourrait aussi tous classer dans la catégorie «films qu’on ne veut plus vraiment parler de désormais». Et ce n’est pas nécessairement parce qu’ils sont mauvais – quoique… ouais ils sont mauvais, c’est qu’ils sont tellement inintéressants aujourd’hui que personne ne voudrait les regarder maintenat. Je sais que La Vie après l’amour est le film québécois le plus rentable de 1999, mais je ne connais personne qui voudrait visionner ce film une deuxième fois en 2012.

Bon, je suppose que je devrais vous donner un résumé de l’histoire pour mieux vous situer par la suite; le film est à propos du sergent André Surprenant qui enquête sur le meurtre de Rosalie Richard, fille du maire, retrouvée sur les rochers des Îles-de-la-Madelaine étranglée et possiblement violée. Un détective de Montréal est dépêché sur place pour enquêter sur le crime, qu’il pense avoir été commis par un ancien prédateur sexuel. Mais Surprenant voit cela d’une autre façon, croyant que le meurtre de Rosalie a plus à voir avec l’héritage de son père, et de son grand bateau de pêche. Il est aidé par sa collègue de travail, Germaine Savoie, et doit aussi s’arranger avec sa propre fille, avec qui il n’est pas capable de s’entendre.

Parlons d’André Surprenant, personnage avec son trait principal directement dans son nom, joué par Pierre-François Legendre. Pelletier a décrit André comme une sorte de Sherlock Holmes québécois, et il aurait sûrement raison si Sherlock Holmes était complètement stupide. Le scénario montre qu’il peut avoir une très bonne mémoire, mais donne plus l’impression qu’il fait des grands sauts dans sa logique, comme lorsqu’il arrête le concierge du cégep pour le meurtre après avoir identifié la voiture utilisée pour aller porter le corps, mais surtout, après être tombée sur la chambre remplie de porno de ce dernier. Vous savez, avoir une grande collection de pornographie, ce n’est pas vraiment une bonne preuve. Son personnage est aussi très plat, déconcertant alors le scénario a mis deux actrices de soutient pour le… euh… soutenir.

Une d’elles joue sa fille, qui est supposée faire un parallèle entre la famille de la victime et la famille du policier, surtout considérant le mode de vie questionnable des deux. Sauf que cette histoire ne mène à rien. L’autre joue Germaine Savoie, collègue de travail amoureuse de Surprenant, est la plus importante des deux, et rappelle aussi Marge Gunderson de Fargo. Mais encore une fois, Gunderson avait un personnage, alors de Savoie est surtout énervante. Son personnage en tant que tel sert surtout à donner des réactions à l’enquête d’André en disant «Super, André!» ou «Bravo André!», pour nous dire comment on devrait réagir de notre côté. Il y aurait aussi le détective de Montréal, mais il est de loin le pire personnage dans l’histoire. Il est prévisible, détestable, et n’écoute personne lorsqu’on remarque un trou dans sa théorie. En fait, il a la même logique que Surprenant, à la différence qu’il saute des étapes pour arriver à un mauvais coupable, comparé à l’autre qui saute des étapes pour quand même tomber sur la bonne réponse, et qu’il est vraiment bête. Après un certain temps, vous commencerez à rire de lui, quoique ce n’est rien comparé à une actrice dont nous nous intéresserons plus loin dans le texte.

Le problème d’ensemble avec La Peur de l’eau est la forme très artificielle que prend l’intrigue. Elle est complètement manufacturée pour créer plusieurs suspects avec un élément qui pourrait peut-être les lier au meurtre, pour qu’un spectateur imprudent de dise «Peut-être que c’est lui! Ou lui! Ou lui! Ou encore lui!» Le problème avec cette approche est qu’on peut se rendre compte assez rapidement qu’on est mené en bateau alors que, au final, le coupable est celui que personne n’a considéré jusqu’à la toute fin. Cela fait en sorte que la paranoïa qui a sa place dans une telle affaire est très peu développée, et qu’on finit par trouver le truc tellement facilement qu’on écarte les nouveaux suspects assez vite. Prenons un exemple pour illustrer ce point: Tinker, Tailor, Soldier, Spy. Le film met cartes sur table très vite en disant qu’il n’y seulement que quatre suspects dans l’affaire, et lorsqu’il ajoute des nouvelles pistes, elles sont assez vagues pour ne pas pouvoir les associer à un suspect tout de suite, tout en convergeant vers un seul suspect et non dix. Le sentiment de paranoïa de la guerre froide est toujours présent dans la réalisation, et peut induire le spectateur en erreur en soupçonnant une personne autre que les quatre du départ!

Ici, la réalisation est digne de Gabriel Pelletier, ce qui veut dire qu’elle est inexistante à l’exception de trucs clichés et embarrassants, comme le focus déréglé lorsque notre protagoniste tombe dans les pommes et, surtout, les flashbacks. Et quand je dis flashbacks, je veux dire FLASHBACKS! Je veux dire: un gros flash de lumière blanche placé entre chaque plan qui révèle un indice dans le passé. Ça en devient ridicule. La musique est aussi clichée, standard, et oubliable, à l’exception d’une chanson… par Karkwa. Non vraiment, Karkwa a une chanson, et elle est essentielle au récit; le cousin de Rosalie, mort un an plus tôt, aurait écrit et enregistré la chanson sur un CD que Rosalie gardait toujours avec elle. Mais est-ce qu’elle est bonne cette chanson? …Non. Honnêtement, la musique de Deadly Premonition était meilleure que celle-là.

Bref, ce qui reste à faire à la réalisation, c’est de diriger les acteurs, pas vrai? Sauf que les acteurs sont laissés à eux-mêmes, sans direction lors de scènes où les émotions sont extrêmement importantes, comme quand Surprenant entend parler des aventures de sa fille au tout début du film, ou à la toute fin quand Pascale Buissières (Spoilers: c’est elle) fait son regard menaçant, et au final ces performances ne sonnent jamais vraiment justes. Normand D’Amour est complètement coincé dans un rôle détestable malgré lui, et le reste de la distribution est fait en fonction du principe de quantité des acteurs au lieu de la qualité des personnages. Aussi, Paul Doucet incarne le même personnage qu’il incarne toujours. Parce que c’est ça.

Mais à la fin de la journée, si vous donnez une chance à ces acteurs dans d’autres rôles, dans d’autres films ou téléséries, avec une meilleure direction, vous vous retrouverez tout de même avec des bons acteurs. Pascale Buissières, Normand D’Amour et Paul Doucet sont tous des bons acteurs. Malheureusement, rien au monde ne peut sauver la performance de Stéphanie Lapointe dans ce film. Absolument rien. Si vous aviez déjà oublié, Stéphanie Lapointe est la gagnante de la deuxième saison de Star Académie; son seul autre crédit d’actrice vient du film Aurore, sorti en 2005, il y a sept ans. Et elle est exécrable ici. Elle apporte plus de rires que de sérieux dans lorsqu’elle est à l’écran. Il y a cette scène où elle parle avec Pascale Buissières lors des funérailles de son cousin, elle qui était son psychologue; elle doit être bouleversée, méfiante de celle-ci, et elle est éparpillée n’importe où, ses émotions comme sa voix. La larme américaine solitaire ne l’aide pas non plus. Vous aurez envie de vous mordre le poing pour vous empêcher de rire, mais les chances sont qu’à la fin du film, vous laisserez faire.

Pour un film qui se passe sur les Îles-de-la-Madelaine, La Peur de l’eau a une intrigue extrêmement artificielle pour un scénario qui ne veut que remplir un trou le plus rapidement possible. C’est cliché, c’est maladroit dans son exécution, et c’est une excellente raison pourquoi Stéphanie Lapointe ne devrait jamais être actrice. Ce qu’on peut espérer désormais c’est de pouvoir oublier ce film assez rapidement, parce qu’honnêtement, après 1500 mots, j’ai besoin d’un break.

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