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LIVERPOOL – Critique du film

5 août, 2012

Nous sommes dans un endroit bizarre dans le cinéma québécois. Fuck, nous sommes dans un endroit bizarre pour le Québec tout court. Moins de films québécois sont sortis cette année par rapport à la même période en 2011, et même si une partie de l’offre se démarque (Laurence Anyways, Bestiaire, Rebelle), seulement un film a réussi à franchir le cap du million au box-office. Non seulement cela, mais nous sommes dans une période sociale et politique incertaine; on a déclaré des élections cette semaine! Alors c’est bien de savoir qu’en ces temps d’incertitudes un feel-good movie comme Liverpool peut nous remonter le moral. Malheureusement le dernier film de Manon Briand, le premier en 10 ans, se montre trop simple et caricatural pour fonctionner en dehors de son univers.

Le film parle des déchets électroniques et de la sorte d’individualisation qu’a apportée les nouvelles technologies, et dans les deux premières scènes le film semble prendre une direction intéressante; Émilie (Stéphanie Lapointe) est une préposée au vestiaire séparée du reste du monde qu’elle regarde du haut du deuxième étage. Elle gère le bagage de tous ses clients et pourtant tout le monde la prend pour acquise. Et comme un robot voulant devenir humain, elle veut absolument rejoindre les autres perso- en fait, non, laissez faire, elle est juste une fille timide de la campagne sans personnalité qui veut seulement aider et qui se met dans le pétrin avec le crime organisé.

On pourrait encore parler de la performance de Stéphanie Lapointe, mais honnêtement ça serait juste faire du surplace, surtout quand on a un autre acteur, Louis Morissette, qui est encore pire. Il est vrai qu’il existe un club de gens qui déteste les talents d’acteur et d’humoriste de Louis Morissette – un club dont je fais d’ailleurs partie, mais il faut se rendre à l’évidence qu’il est extrêmement maladroit dans le rôle d’un fils de famille riche jaloux et travaillant qui est aussi l’antagoniste principal. Il finit par ressembler à un Patrick Groulx menaçant, et il en est aussi crédible. Ça nous fait souhaiter le retour de David LaHaye. Charles-Alexandre Dubé, finalement, est celui qui s’en sort le plus, quoique le scénario ne l’aide pas vraiment.

La réalisation de Manon Briand intéresse aussi vers le début, où elle filme les lignes propres de Montréal et du bar Liverpool avec un certain flair, mais les résultats s’estompent facilement quand on se rend compte que le style de l’image ne réussit pas à camoufler le manque de style du scénario, quoi qu’il essaye en maudit par exemple; le chat d’Émilie s’appelle Jack Kerouac et la chanson «Liverpool» de Renée Martel passe au moins quatre fois dans le film (Thomas (Charles-Alexandre Dubé) conduit aussi une vieille Fiat 500, quoique ça ne m’a pas dérangé pour être honnête). C’est tellement hipster et joyeux et vintage et mal dirigé que ça fait vomir des arcs-en-ciel, et tout cela se termine avec une fin qui, même si elle rappelle les mouvements étudiants et Occupy Wall Street, est tellement simpliste et fantaisiste qu’elle fond au simple contact avec les rayons du Soleil. C’est comme une sorte d’«uncanny valley»; le film se rapproche tellement de la réalité, mais un seul détail persistant réussit à envoyer celui-ci à l’autre bout du monde.

Il y a une scène vers la fin où Émilie regarde Thomas dans son lit, et lui dit que, contrairement à ce que pensent ses parents, elle ne trouve pas qu’il est naïf. Non, Thomas, tu n’es pas naïf, mais le film à l’entour de toi l’est bien.

«Mais Vincent», vous me dites, «c’est un feel-good movie. C’est censé nous rendre heureux. Les feel-good movie ne sont pas censés être sérieux!» Eh bien… en fait, ils le sont. J’ai vu Le Havre cette semaine, et après le visionnent de Liverpool, je suis devenu emballé par comment ce film-ci était aussi sérieux et intelligent dans sa réalisation ainsi que dans son scénario et dans ses personnages. Même Katamari Damacy, à travers sa joie et ses couleurs, était assez sérieux pour être une critique de la surconsommation! Malheureusement, Liverpool n’a pas mis assez de temps de réflexion sur sa philosophie et tout ce qui l’entoure, ce qui rend le film extrêmement faible. Parce que le bonheur est une chose sérieuse.

Gardons espoir, frères et sœurs.

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