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CAMION – Critique du film

26 août, 2012

Camion commence avec la mort d’une femme qui percute un camion-remorque transportant des billots de bois coupés et coincés ensemble… On pourrait peut-être s’attendre, avec un départ aussi brutal, avec des couleurs aussi ternes, à un film sombre qui chronique la dépression du camionneur, entouré de ses fils qui essayent tant bien que mal de le sortir de là, mais en fait, Camion est un film rassembleur, positif même. Il s’agit sûrement du long-métrage de Rafaël Ouellet le plus accessible mais aussi son plus assuré, malgré la tempête.

En fait, la principale qualité du film est comment la réalisation, avec ses couleurs ternes et grises, sa caméra instable et ses environnements sales, ne coupe en rien et même accentue l’authenticité de son scénario (le contraire total de Liverpool en fait). C’est vraiment un film de campagne en tout point, et malgré un point de départ aussi sombre, le film réussit pourtant à nous faire sourire, à nous remémorer le passé avec nostalgie, et ce, en plein automne. Là où les arbres meurent à chaque jour. La métaphore de l’automne se retrouve même dans l’intrigue principale du film: il s’agit de trois âmes perdues, coupées d’entre-elles, coincées dans leur vies, qui se retrouvent ensemble après la chute en terre commune, un peu comme un arbre qui perd ses feuilles, ou qui sont coupés et envoyés sur des camions à chaque jour.

Ces trois âmes perdues sont jouées par Julien Poulin, Stéphane Breton et Patrice Dubois, et honnêtement, même si je voulais sortir un de ceux-ci du lot comme étant plus fort que les autres, les trois acteurs sont tous excellents dans leurs rôles très variés les uns les autres, et ils se contrastent parfaitement. Et leur plus grande force c’est qu’ils sont toujours justes: il n’y a pas vraiment de grandes scènes d’émotions qu’on pourrait bien qualifier d’«Oscar Clip» (bon, peut-être une ou deux), mais la grande majorité du temps leurs situations sont très simples et la réalisation les laissent respirer ensemble dans leur univers propre à eux – une maison en campagne, un motel, un édifice à bureau.

Le contraste des personnages mène aussi à une différence dans la perception d’un évènement en particulier pour ceux-ci, un élément important de la dépression; non seulement une personne déprimée a une perception bien différente des autres, mais celle-ci concentre toute son attention sur un évènement fâcheux et triste en ignorant tout ce qui se trouve à l’entour (je le sais, ils m’ont fait passé cet exercice-là). Ainsi, plusieurs scènes se concentrent sur deux personnages qui ont des perceptions complètement différentes de quelque chose – une chanson, un amour de jeunesse – et toutes ces scènes sont non seulement crédibles, mais elles renforcent la qualité des acteurs qui doivent traiter d’un fait vécu de manières complètement opposées à quelques centimètres l’un de l’autre.

La perception de la mort revient d’ailleurs vers la fin du film, lors d’une scène de chasse, où le trio se bute à un autre chasseur qui a abattu le cerf qu’ils ont blessé plus tôt. Pour lui, la mort du cerf qui appartient aux autres ne le dérange pas du tout, et il va même jusqu’à pointer son arme de chasse sur eux pour le garder. C’est alors que le personnage de Patrice Dubois, le plus timide et renfermé du groupe, se jette sur lui, prend son arme et la braque sur lui. Il y a alors un changement de perception, centré sur l’arme, qui se transforme d’un symbole d’individualité à quelque chose de rassembleur par ce que la mort peut représenter pour la famille. Puis le chasseur solitaire s’enfuit. Il y a quand même un mort dans cette scène – un cerf au lieu d’une femme – mais l’isolation que la mort était au début rassemble à la fin, même si cette journée de chasse s’est passée différemment pour les trois.

Cependant, s’il y a une chose à reprocher à Camion à travers toutes ses qualités, ça serait peut-être sa musique, où plutôt comment elle est utilisée. À elle seule, la bande sonore du film – qui a déjà reçu de bonnes critiques musicales avant même la sortie du film – est excellente et s’intègre très bien à l’atmosphère du film. Le problème, et c’est quelque chose dont Derrière moi de Rafaël Ouellet souffrait aussi, c’est le montage qui enfile les chansons trop rapidement, sans laisser assez de place pour qu’elles se démarquent entre elles. Éventuellement le montage se calme et le silence réussit à s’installer entre les différentes pièces, ce qui nous laisse apprécier la musique un peu plus.

Jamais un film sur la dépression n’aura été aussi positif, aussi sincère, aussi vrai (oui c’est toi que je regarde, Melancholia). Avec ses personnages crédibles et variés qui se contrastent les uns les autres, Camion réussit à nous faire percevoir les belles choses à travers un monde laid. On a vraiment l’impression que Rafaël Ouellet nous traîne d’un coin sombre, la main agrippée sur notre col, alors qu’on est trop triste et trop morose pour qu’on se débâte. Et il nous tire, à travers la brume, d’un pas assuré, parce qu’il sait qu’à travers les jours gris de l’automne mourant, une belle nuit d’hiver nous attend tous. Et nous renaîtrons sous la neige.

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One comment

  1. J’allais voir ce film lundi à Laval, avec mon mari et un autre couple. Tous dans les 70ans, on a beaucoup de réserve pour ce film. La lumière était pas assez forte ainsi que les voix.Vraiment pas aimés le film en dépit des acteurs qui tiraient leur épingle du jeu. Le scénario aurait pu être mieux exploité car le sujet nous intéressait. Meilleur chance la prochaine fois.,



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