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LE MÉTÉORE – Critique du film

13 mars, 2013

Le Météore est une offre intéressante dans le paysage cinématographique québécois. Cela ne veut pas dire qu’elle est étrange ou nécessairement incompréhensible, loin de là d’ailleurs, mais que sa proposition sort de l’ordinaire, film québécois ou non. En fait, Le Météore est une œuvre qui capture parfaitement les sentiments d’isolement et de solitude, tant à travers ses personnages qu’à travers l’audience.

Le film gravite surtout à l’entour de trois personnages; Pierre, détenu de prison depuis 14 ans, sa mère qui lui rend visite chaque semaine, et son ex-conjointe, Suzanne, qui essaye de se refaire une nouvelle vie. Ajoutés à ces trois personnages sont un gardien de prison qui perd son rapport au quotidien, et un jeune vendeur de drogue qui semble avoir la vie devant lui. Tous ces personnages ont un rapport à une solitude qui sera forcé sur eux, devant une nature et un cours des choses auquel ils ne se sentent plus liés. Un bon exemple de ce thème serait la métaphore de la voiture, qui est déjà un assez grand exemple d’isolement dans la société d’aujourd’hui (j’espère que vous n’apprenez rien de nouveau si je vous dis cela). Si Suzanne, au volant de sa voiture, essaye de sortir du noir de la vie tant bien que mal, Pierre et sa mère sont désormais passagers de leurs vies: ils subissent plus que d’autre chose ce qui leur vient.

Il y a une histoire ici, mais le film délaisse complètement l’aspect narratif dès le début. Le Météore, ce sont des images et des monologues séparés l’un de l’autre, sans véritable impact entre les deux. Les acteurs à l’écran sont silencieux, leurs voix, faites par des acteurs différents, relatent leurs pensées et leurs craintes. Il y a une histoire, mais elle nous est racontée de manière déconstruite; les personnages interagissent ensemble, mais chacun de leur côté, dans leurs paroles, se référant l’un et l’autre sans se voir. Ici, le temps n’existe pas; il n’y a que des souvenirs perdus et des futurs effacés. Bien sûr, il faut souligner la performance des acteurs en voix hors champ, surtout François Papineau dans le rôle de Pierre (joué à l’écran par François Delisle lui-même), qui réussissent à communiquer leur désespoir de façon beaucoup plus ressentie qu’un simple doublage, tout en gardant une retenue morbide qui fait toute la différence.

On pourrait peut-être questionner le caractère cinématographique de monologues jumelés à des images complètement isolées, en se disant que c’est beaucoup plus littéraire que d’autre chose, mais ce qui est fascinant, c’est qu’avec cet isolement, le cinéma, d’habitude l’art du présent, plonge encore plus dans le passé et dans les sentiments que si l’on lissait les textes à eux-mêmes, en pensant aux actions posées. À la place, le recours aux images rapetisse et en même temps augmente les interprétations possibles en les envoyant dans une nouvelle direction. Ce qu’on voit ne nous dirige pas dans le cadre narratif de l’histoire, il n’y en a pas, mais amplifie les émotions ressenties. Il faut aussi dire que ces textes sont a priori incomplets, aux phrases très courtes et stériles. Il y a un sentiment derrière ces monologues, mais il ne traverse pas nécessairement l’écran à travers les mots droits et posés de ses personnages. Alors on écoute, on regarde ces images qui passent devant nous, et puis on s’accroche, comme les personnages, à un mot puis à un élément en mouvement, et qui marque nos interprétations de façons différentes, même si le thème central reste le même.

C’est ici que Le Météore trouve tout son sens, et sa place dans la cinématographie québécoise des dernières années; son mariage d’images flottantes et des monologues perdus donne un film avec une poésie magistrale. Oui, le thème de la solitude a été soulevé de plusieurs façons ces dernières années on ne les compte plus; ce sujet a tellement été abordé dans toutes les formes d’art possibles, que ce soit le cinéma, la musique, la littérature et les beaux-arts, qu’il faut vraiment faire quelque chose d’incroyable pour réussir à nous surprendre – l’humour noir de Stéphane Lafleur en est un bon exemple. Mais Le Météore ne nous enveloppe pas; il nous transperce. Il nous fait réfléchir et nous trouble même si ce qu’il nous montre et nous fait entendre est très petit en fin de compte. Ceci est sans aucun doute le film québécois le plus délectable que j’ai vu au cinéma depuis un bon bout de temps, et s’il est indicatif de ce qui suit, 2013 va être une excellente année pour le cinéma québécois.

J’espère en tout cas. J’ai le droit d’être optimiste, bon.

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