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HOT DOG – Critique du film

16 août, 2013

Les Québécois ont une certaine fierté par rapport à l’humour. Les Québécois aiment rire, ils sont heureux en regardant la grande quantité d’humoristes que l’on produit chaque année à travers une école spécialisée en la matière, et surtout quand ils se produisent dans de grands festivals comme Juste Pour Rire et son petit-frère retardé Le Grand Rire. Ils aiment regarder ces spectacles à la télévision ou bien des émissions d’humour originales qui sont diffusées chaque soir de la semaine, ayant produit un certain temple de la renommée avec nos Cyniques, Rock et Belles Oreilles, nos Yvon Deschamps. Bien sûr, plusieurs producteurs seraient très fiers eux aussi de vous dire que les Québécois aiment surtout rire en regardant des films, en vous lançant les succès commerciaux de films comme Bon Cop, Bad Bop, Les Boys ou bien De Père en flic; dans une certaine mesure ce sont des comédies qui ont rapporté le plus d’argent au box-office québécois, avec Deux femmes en or en tête d’affiche. Bien sûr, ce qu’on oublie de vous dire, c’est que les comédies québécoises sont aussi figures de proue des plus grands flops et désastres de l’industrie: Les Dangereux, Le Colis, Angelo, Fredo et Roméo, Pousse mais pousse égale et autres comédies à vedettes des années 70 qu’on essaye désespérément de noyer dans un réservoir d’acide. Les comédies sont peut-être les films les plus faciles à faire et à produire, ce sont aussi les plus difficiles à réussir; il n’y a pas de doute là-dessus. Ce qui nous amène à la comédie québécoise la plus récente à entrer dans les cinémas, Hot Dog.

Maintenant, certains aimeraient bien vous dire que les critiques de cinéma n’aiment pas les comédies et ce n’est juste pas vrai; ils n’aiment pas ce qui est vulgaire, et c’est assez facile de comprendre pourquoi! Mais non, je n’aime pas Hot Dog, pas parce que c’est une comédie, mais justement parce que ce n’en est pas une.

Philippe (Paul Doucet) reçoit un appel d’un de ses collègues de sa compagnie de saucisse pour lui annoncer qu’ils ont perdu un contrat à Toronto. Pensant qu’il va se faire virer lorsque celui-ci laisse son téléphone ouvert en allant parler au patron, il frappe sa balle de squash tellement fort qu’il la reçoit en plein visage, perdant une dent. Pour se venger, il décide de laisser tomber sa dent dans le malaxeur de l’usine. Le lendemain cependant, il apprend que ce n’est pas lui qui est licencié et- J’aimerais juste vous dire, si je vous donne le synopsis du film ici comparativement à tous mes autres textes, c’est que le film ne fait absolument rien pour nuancer ou camoufler ou au moins rendre une telle intrigue abracadabrante un peu plus crédible, ou un peu plus absurde et vivante. Ce que je viens d’écrire arrive littéralement, mot pour mot, dans les trois premières minutes du film. Enfin, Philippe découvre que ce n’est pas lui qui est viré, la saucisse arrive tout de même entre les mains d’un couple de banlieusards, et puis la mafia arrive! Sérieusement, elle fait juste apparaître dans le récit sans véritable bonne raison.

Pour vraiment comprendre où est-ce que Hot Dog est déficient, il faut aller au cœur de sa conception, soit son humour: Hot Dog est basé avant tout sur un humour de situation. Ce qui veut dire que ses blagues sont surtout basées sur des évènements ou des rencontres bizarres ou absurdes entre des personnages variés. Des sitcoms, bref. Le problème, c’est que le scénario oublie complètement d’écrire des blagues à l’entour de ces évènements ou de ces situations. C’est comme si un gars vous racontait une blague et disait: «Une fois, c’tu Français, un Américain pis un Canadien» et il arrêtait de parler tout de suite. Ou presque en fait: le film adopte le courant de pensée «Tell, don’t show» ce qui veut dire qu’à peu près tout le film se passe dans les dialogues et il y existe très peu d’humour visuel. C’est un film très, très écrit et ça ne guérit pas le problème de son humour, ça l’exacerbe; ça l’étire. Ça fait en sorte que les scènes dites drôles du film sont plutôt des set-up sans punchlines longs et plats avec quelques répliques qui, quand elles avaient écrites auraient sonné drôles pour un producteur qui vérifie si tout va bien, mais qui, noyées dans de longues scènes de dialogues, sont tout simplement vides et sans entrain.

Mais le film veut que vous trouviez ça drôle par exemple, et il se force comme ça n’a pas de sens pour essayer de garnir son humour sans intérêt. La musique pendant tout le long-métrage est très appuyée, assez pour le glisser en bas d’un précipice tellement il pousse fort. Non seulement ça, mais le film a aussi plusieurs scènes, au moins cinq au total, des personnages qui rient d’une situation, justement pour vous pousser à trouver ça drôle. Malheureusement on a oublié de dire au réalisateur qui si une scène au départ n’était pas drôle, eh bien voir des personnes rire de cette scène la rend en fait un peu plus vide et plate. Si Marc-André Lavoie avait eu droit à des rires en cannes, il l’aurait fait.

On a sûrement beaucoup parlé d’Éric Salvail qui y joue ici son premier rôle au cinéma, et il n’est malheureusement pas à la hauteur, mais peut-être pas de la façon que vous attendiez. Celui-ci se trouve à exagérer ses mouvements faciaux; il ne fait pas des grimaces, non, mais lorsqu’il parle son visage est très expressif. Ceci n’est pas un problème en soi, cependant la majorité de son texte vient dans la forme d’exposition, donc d’information sur le récit communiquée aux autres personnages ainsi qu’au spectateur. Il exagère beaucoup, même quand c’est inutile ou que ce n’est pas le temps. Non, pour ce qui est de l’humour, une grande partie de celle-ci a été donnée à Pierre-François Legendre qui joue ici le même personnage qui joue depuis longtemps, celui d’un gars un peu timide et surtout naïf dominé par sa conjointe qui essaye de se montrer au-dessus de ses affaires. Vous savez, comme dans Il était une fois, les invincibles cabotins bluffaient. Il y a d’autres acteurs dans le mix aussi comme Paul Doucet et Rémy Girard, mais ils sont coincé dans un scénario simpliste qui ne leur donne pas beaucoup à faire, tellement qu’on en vient à souhaiter qu’ils soient dans d’autres films, que quelqu’un vienne donner à Paul Doucet un rôle principal, ou au moins quelque chose de plus dramatique, quelque chose! Et laissez les Italiens tranquilles s’il-vous-plaît, donnez-leur autre chose d’autre qu’un rôle de mafieux! S’il-vous-plaît!

Nous n’avons pas encore mentionné le domaine technique du long-métrage, filmé comme une sitcom de TVA avec un montage avec fondus noir inutiles et avec plusieurs faux raccords, mais vraiment, ce serait oublier l’essentiel des défauts de cette œuvre. Hot Dog est un film vide dans son exécution calculée, trop planifiée pour créer un véritable humour. Un film avec aucune personnalité qui a été fait pour satisfaire une demande, peu importe si elle réussit ou non. Là est son plus grand problème, car en fin de compte, s’il y a une chose dont une comédie ne peut pas se défendre, critique ou pas, c’est d’être pas drôle.

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