Archive for mars 2014

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Fez

27 mars, 2014

FezBomb

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MIRACULUM – Critique du film

20 mars, 2014

Je pense que je n’aime pas Podz.

Je ne le déteste pas, comprenez-moi; je ne pense pas que c’est un monstre ou qu’il détruit la culture québécoise par sa simple présence. Quand je dis que je n’aime pas le réalisateur, c’est parce que je crois avoir trouvé une cassure entre moi et le cinéaste qui m’empêche de vraiment l’apprécier, et j’y ai assez pensé pour pouvoir la formuler et la communiquer. Je l’avoue, j’ai un problème avec le propos de Daniel Grou, ou plutôt, j’ai un problème avec cette violence «réaliste» qui est en fait très télévisuelle et fausse. Prenons par exemple l’épisode de la fusillade de la série 19-2; si la majorité voyait du réalisme à cause des longs plans, des couleurs ternes et à cause qu’elle se conforme à leur perception télévisuelle d’une fusillade, l’épisode est rapidement devenu une chasse à l’homme entre des concepts de bien et de mal, sans avoir des véritables personnages, sans véritablement établir l’environnement d’une école secondaire banale et crédible. Ou Les Sept jours du talion qui sort à peine de la conception d’un torture-porn à l’égard de certains. Il y a d’autres exemples sans doute, mais pour l’intérêt du sujet d’aujourd’hui, je m’arrêterai là.

Maintenant, j’avoue aussi que Les Sept jours du talion et 10½ restent des films corrects à mon égard, et même si je n’ai pas vu L’Affaire Dumont, il reste au moins un cinéaste compétent dans sa technique et qui n’a jamais de grosse erreur monumentale dans son œuvre. Après tout, on peut encore être surpris… même quand cette surprise en est une mauvaise malheureusement. Car Miraculum, son œuvre la plus récente, est possiblement son pire film; non pas à cause des raisons listées ci-haut, mais à cause de nouveaux problèmes qui compliquent encore plus la tâche.

À la base, Miraculum est un film choral suivant le destin de 7 personnages, tous liés d’une certaine façon à un écrasement d’avion, divisés en plusieurs histoires singulières. Le fil conducteur de tout le récit est le personnage de l’infirmière, Julie, jouée par Marilyn Castonguay; ensuite nous avons Étienne (Xavier Dolan), un témoin de Jéhovah leucémique, rattaché à Julie par leurs fiançailles, certes, mais il reste tout de même une trame différente. Nous avons Martin (Robin Aubert), joueur compulsif et sa femme Evelyn (Anne Dorval) qui est alcoolique. Toutefois les deux interagissent rarement entre eux, souvent à travers le téléphone, isolés de chacun, résultant en très peu d’impact l’un envers l’autre; ainsi, nous séparerons ces deux personnages en deux histoires respectives; Raymond (Julien Poulin) et Louise (Louise Turcot) sont deux amants âgés travaillant dans un casino, et puis finalement nous avons Simon, pris dans une affaire de contrebande de drogue, joué par Gabriel Sabourin qui est aussi le scénariste du film. Cela nous donne donc six histoires; six trames parallèles à chacune relatant le destin de sept personnages différents. C’est sûrement la narrative la plus large que Podz a tenté, et ainsi le rythme du film en souffre grandement; non pas parce que la durée du film est divisée en plusieurs parties, mais parce qu’en plus l’histoire est racontée dans un ordre non chronologique; on saute alors au hasard entre ces six tableaux différents, un peu n’importe comment, des fois pour des scènes de seulement 30 secondes, passé, présent, pour finalement rendre le récit encore plus compliqué qu’il en a besoin. Il en est aussi impossible de vraiment s’installer proprement dans les environnements et les atmosphères des personnages.

Et revenons à ces personnages un moment; si vous avez bien suivi la liste présentée ci-haut, vous avez peut-être remarqué comment tous les personnages sont classés dans des clichés d’histoire sombre et glauque; une alcoolique, un dépendant au jeu, un malade qui va prochainement mourir, un bandit de 3e classe, un couple profondément religieux. Et ce ne sont justes de simples fondations ou des par-avants derrière lesquels se cachent des personnages complexes et profonds; non, ils sont uniquement définis par ceux-ci. Aucune attention n’a été donnée pour camoufler ces caractéristiques, leur donner un peu de relief, ou les entourer proprement de traits personnels.

En fait, les personnages du film sont tellement déterminés par ces seules caractéristiques que l’impressionnante brochette d’acteurs, plusieurs d’entre eux faisant partie de ce que le Québec offre de mieux, est complètement gaspillée dans des rôles très mal développés. Prenons Anne Dorval par exemple; elle joue une femme chic mais alcoolique; qu’est-ce qu’elle fait? Elle boit et elle est triste… et c’est tout. C’est tout ce qu’elle a à faire dans le film. Elle est une des meilleures actrices québécoises du moment et elle ne fait rien vraiment dans le film. Ou Gilbert Sicotte, qui était excellent dans Le Vendeur il y a quelques années, qui joue le petit rôle du conjoint trompé par Louise, et il n’a rien à faire. Je ne m’attends pas à avoir des scènes d’acteurs incroyables pour un prochain prix Jutra – quoique je pense qu’ils essayent plusieurs fois – je m’attends simplement à ce qu’ils aillent du matériel avec quoi travailler. Le seul acteur qui réussit à se démarquer est bien sûr l’actrice principale, Marylin Castonguay, avec son regard vide, naïf, confus, yeux grand ouverts, il-y-a-peut-être-une-émotion-mais-pas-vraiment. Cela ne veut pas dire qu’elle est une mauvaise actrice, je suis sûr qu’elle peut faire mieux que ça, seulement pas avec le peu de direction d’acteur ici présent.

On pourrait s’attendre qu’avec des thèmes et des personnages aussi sombres que le film devienne lourd envers le spectateur, et pourtant Miraculum finit par être un film sans aucun véritable poids. Non seulement les sauts dans la narrative empêchent au film d’installer une atmosphère, mais le réalisateur compense pour cela en employant des métaphores visuelles clichées et faciles à décoder; la pluie, le soleil qui rayonne par la suite, un corridor de lumière, etc. Additionné à des dialogues sérieux et forcés dans leur signification sous-entendue, et on se retrouve avec une approche très maladroite. Si Podz voulait faire une réflexion sur la foi et sur la mort, il a manqué la cible d’une marge considérable.

Dans un certain sens, Miraculum confirme que 10½ est son meilleur film, simplement parce que c’est à propos d’un petit garçon qui pogne les nerfs. Une simple prémisse proprement exécutée. Miraculum vise trop grand et trop vaste pour son propre bien, laissant un film qui baigne dans la facilité pour couvrir le plus de terrain possible. Le problème ici n’est pas d’être trop lourd, c’est d’être trop plat.

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ARWAD – Critique du film

2 mars, 2014

Un des changements que l’on a vu dans le cinéma québécois ces dernières années était un élargissement des sujets abordés, surtout pour ce qui est d’histoires se passant à l’extérieur du Québec ou même de l’Amérique pour aller en Syrie, en Afrique ou bien en Israël, et mettant en relief nos problèmes différents ainsi que nos angoisses semblables. En plus de cela on a vu une augmentation de ces histoires de minorités québécoises racontées par des gens faisant partie de ces minorités, au lieu d’être encore du point de vue d’un homme blanc québécois. On a vu des films comme Mesnak ou Sortie 67 par exemple, des premières dans le cinéma québécois… sans être vraiment convaincants pour être honnête, ils restent des premiers essais avant tout. Cependant, il existe bien un groupe de personnes, d’origine étrangère, qui ont réussi leur entrée dans la cinématographie québécoise des dernières années: les gens d’origine arabe.

Le premier arrivé fut Roméo Onze, sorti il y a environ deux ans, réalisé par Ivan Grbovic. Le film racontait l’histoire d’un jeune homme atteint de paralysie cérébrale qui prend une autre identité dans les sites de chat. Avec un peu de recul, il s’agissait d’un premier film et l’intrigue de base peut-être un peu forcée, mais l’exécution était honnête, les acteurs étaient bien avec mention pour le personnage principal, et les thèmes abordés permettaient au film de sortir hors d’une isolation multiculturaliste. C’est un bon film. Et maintenant est sorti le deuxième film dans cette lignée, Arwad, une œuvre avec une histoire plus peaufinée, mais qui croule sous la pression d’une lourde formule.

Quel est le problème plus précisément? Tout le monde n’arrête pas de pleurer ici… bon d’accord, c’est pas mal méchant dit de même, je recommence; Arwad se concentre sur Ali, un montréalais d’origine syrienne qui sent son lien avec sa terre d’enfance s’effriter en même temps que ses relations avec sa femme, sa mère, et sa maîtresse le tourmentent silencieusement dans un sentiment de culpabilité. Un point de départ simple, sincère et humain, et il semble que les réalisateurs le savent aussi. Le problème, c’est que la grande majorité de cette émotion est exprimée à travers de longs monologues, en larmes, avec la caméra figée en plan rapproché-épaule avec le visage au centre de l’écran; cela devient répétitif, mais surtout, cette formule devient très lourde pour le spectateur; non pas dans les propos, mais dans le manque d’espace pour bien respirer. La première partie du film, qui se déroule sur l’île d’Arwad, est ainsi le meilleur des trois chapitres justement parce qu’elle ne s’applique pas à ce modèle restrictif.

Les acteurs ne peuvent malheureusement pas échapper à cette formule, malgré des performances très respectables. Julie McClemens nage dans un jeu figé et plein de doute, et si Fanny Mallette réussit à tirer son épingle du jeu dans le premier chapitre, elle est finalement rattrapée par des dialogues froids et, bien sûr, filmés de trop proches. Ramzi Choukair, dans le rôle principal, offre lui aussi une performance honnête, quoiqu’il ne franchît pas sans problème la barrière de la langue, ce qui fait en sorte que ses mots ne sont peut-être pas aussi fluides et pleins d’émotions comme on le souhaiterait (Le Passé d’Asghar Farhadi en est un exemple récent). Cependant, c’est dans sa langue maternelle, l’arabe, qu’on assiste sans doute à la meilleure scène de tout le film, partageant la coupure qu’il ressent envers son pays d’origine entre sa mère et sa fille, sous une marée de larmes contrairement aux larmes hollywoodiennes singulières que l’on voit dans la majorité du film. Et même si l’on retrouve la même échelle de plan que dans tous les monologues, l’image qu’on retrouve est beaucoup plus vivante et intime, et beaucoup moins froide et lisse.

Forcé, mais sincère; c’est ainsi que l’on pourrait décrire Arwad. Malgré sa structure rigide et répétitive, on peut quand même sentir que les réalisateurs voulaient exprimer des sentiments humains véritables, qui restent dépourvus d’exagération mélodramatique. Ils voulaient faire une histoire très honnête dans ses mots et ses situations, et dans ce sens, Arwad  est un film réussi.