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ARWAD – Critique du film

2 mars, 2014

Un des changements que l’on a vu dans le cinéma québécois ces dernières années était un élargissement des sujets abordés, surtout pour ce qui est d’histoires se passant à l’extérieur du Québec ou même de l’Amérique pour aller en Syrie, en Afrique ou bien en Israël, et mettant en relief nos problèmes différents ainsi que nos angoisses semblables. En plus de cela on a vu une augmentation de ces histoires de minorités québécoises racontées par des gens faisant partie de ces minorités, au lieu d’être encore du point de vue d’un homme blanc québécois. On a vu des films comme Mesnak ou Sortie 67 par exemple, des premières dans le cinéma québécois… sans être vraiment convaincants pour être honnête, ils restent des premiers essais avant tout. Cependant, il existe bien un groupe de personnes, d’origine étrangère, qui ont réussi leur entrée dans la cinématographie québécoise des dernières années: les gens d’origine arabe.

Le premier arrivé fut Roméo Onze, sorti il y a environ deux ans, réalisé par Ivan Grbovic. Le film racontait l’histoire d’un jeune homme atteint de paralysie cérébrale qui prend une autre identité dans les sites de chat. Avec un peu de recul, il s’agissait d’un premier film et l’intrigue de base peut-être un peu forcée, mais l’exécution était honnête, les acteurs étaient bien avec mention pour le personnage principal, et les thèmes abordés permettaient au film de sortir hors d’une isolation multiculturaliste. C’est un bon film. Et maintenant est sorti le deuxième film dans cette lignée, Arwad, une œuvre avec une histoire plus peaufinée, mais qui croule sous la pression d’une lourde formule.

Quel est le problème plus précisément? Tout le monde n’arrête pas de pleurer ici… bon d’accord, c’est pas mal méchant dit de même, je recommence; Arwad se concentre sur Ali, un montréalais d’origine syrienne qui sent son lien avec sa terre d’enfance s’effriter en même temps que ses relations avec sa femme, sa mère, et sa maîtresse le tourmentent silencieusement dans un sentiment de culpabilité. Un point de départ simple, sincère et humain, et il semble que les réalisateurs le savent aussi. Le problème, c’est que la grande majorité de cette émotion est exprimée à travers de longs monologues, en larmes, avec la caméra figée en plan rapproché-épaule avec le visage au centre de l’écran; cela devient répétitif, mais surtout, cette formule devient très lourde pour le spectateur; non pas dans les propos, mais dans le manque d’espace pour bien respirer. La première partie du film, qui se déroule sur l’île d’Arwad, est ainsi le meilleur des trois chapitres justement parce qu’elle ne s’applique pas à ce modèle restrictif.

Les acteurs ne peuvent malheureusement pas échapper à cette formule, malgré des performances très respectables. Julie McClemens nage dans un jeu figé et plein de doute, et si Fanny Mallette réussit à tirer son épingle du jeu dans le premier chapitre, elle est finalement rattrapée par des dialogues froids et, bien sûr, filmés de trop proches. Ramzi Choukair, dans le rôle principal, offre lui aussi une performance honnête, quoiqu’il ne franchît pas sans problème la barrière de la langue, ce qui fait en sorte que ses mots ne sont peut-être pas aussi fluides et pleins d’émotions comme on le souhaiterait (Le Passé d’Asghar Farhadi en est un exemple récent). Cependant, c’est dans sa langue maternelle, l’arabe, qu’on assiste sans doute à la meilleure scène de tout le film, partageant la coupure qu’il ressent envers son pays d’origine entre sa mère et sa fille, sous une marée de larmes contrairement aux larmes hollywoodiennes singulières que l’on voit dans la majorité du film. Et même si l’on retrouve la même échelle de plan que dans tous les monologues, l’image qu’on retrouve est beaucoup plus vivante et intime, et beaucoup moins froide et lisse.

Forcé, mais sincère; c’est ainsi que l’on pourrait décrire Arwad. Malgré sa structure rigide et répétitive, on peut quand même sentir que les réalisateurs voulaient exprimer des sentiments humains véritables, qui restent dépourvus d’exagération mélodramatique. Ils voulaient faire une histoire très honnête dans ses mots et ses situations, et dans ce sens, Arwad  est un film réussi.

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