Archive for the ‘03 – Movie Reviews’ Category

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2 TEMPS 3 MOUVEMENTS – Critique du film

4 octobre, 2014

Une des dimensions les plus intéressantes exploitées dans Nuit #1 d’Anne Émond, un film imparfait, mais tout de même important de notre cinématographie des dernières années, est le caractère international du malaise de ses personnages. D’un côté, nous avons Catherine de Léan qui incarne une enseignante stagiaire rêveuse qui veut inspirer ses élèves, mais ne peut s’empêcher de tomber dans la déchéance et l’excès, mais nous avons aussi le personnage de Dimitri Storoge, un homme d’origine étrangère, coupé de la culture de son ancien pays et de son nouveau, créatif, mais habité par un grave cynisme et défaitisme qui le paralyse chaque jour. Si cela n’a a priori aucune importance en dehors du cadre psychologique des personnages, l’inclusion de ce deuxième personnage est en fait une ouverture sur le questionnement qui touche toute la jeunesse de notre époque. On aime croire que notre génération grandit et souffre seule à l’intérieur de notre province, mais il s’agit d’un sentiment généralisé qui touche tous les jeunes de la planète en même temps que nous; le sentiment de contestation du printemps érable se trouvant aussi dans les jeunes manifestants des pays arabes et des pays touchés par les mesures d’austérité plus tôt cette année-là, ainsi que la déception envers le retour prononcé du statu quo englobant finalement toute la planète. Nous ne sommes pas seuls dans ce trou, il ne faut pas l’oublier. Cette vision de l’autre a ainsi servi de point de départ pour le film 2 temps 3 mouvements du français Christophe Cousin, qui a tourné au Québec l’histoire d’un jeune immigré déconnecté des gens qui l’entourent, mais qui devient témoin du suicide d’un jeune de son âge sur le toit de sa nouvelle école. C’est une histoire que certains pourraient dire avoir déjà entendue, et pourtant, 2 temps 3 mouvements va plus loin qu’une simple et triste constatation grâce à l’ingéniosité de son regard.

À lire sur le Quatre Trois.

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QU’EST-CE QU’ON FAIT ICI? – Critique du film

4 octobre, 2014

« Est-ce que ça va plaire aux madames de 53 ans? » Lors du dévoilement du gagnant du Prix Collégial du Cinéma Québécois plus tôt cette année, un des conférenciers sur place a apporté cette question fréquemment posée aux cinéastes québécois, un signe du vieillissement de la population qui, inévitablement, déborde sur les choix et intérêts de la société québécoise. Cependant, il ne faut pas ignorer que l’on voit aussi depuis quelques années un virage, ou un nouvel intérêt envers la jeunesse à travers les nouveaux talents, un virage qui devrait se traduire par un renouvellement du public québécois et donc par une rentabilité continue – parce que désolé, mais ces madames ne vont pas rester avec nous pour l’éternité. Cette nouvelle vision peut se traduire en d’excellents témoignages de notre génération, des films comme J’ai tué ma mère, À l’ouest de Pluton, Nuit #1, Tu dors Nicole, Tout est parfait et Jo pour Jonathan pour n’en nommer quelque uns… mais des fois ça ne marche pas. Des fois on se retrouve avec des films comme 1987, un film qui se prétend jeune même si son âme est fermement plantée dans la quarantaine, ou si on a encore moins de chance, on peut se retrouver avec un Chasse au Godard d’Abbittibbi, un film hipster-typique qui s’écroule complètement sous le poids de son message politique très mal réfléchi et même un peu insultant par sa naïveté agressive. Aujourd’hui voit la sortie d’un autre film dans cette longue lignée, Qu’est-ce qu’on fait ici? de Julie Hivon, et, en parallèle au titre du film, ce serait un très bon moment pour se poser une autre question importante : qu’est-ce que la jeunesse? Quels sont ses intérêts, ses rêves, ses peurs? Comment bougent-elle, comment parlent-elle? Qu’attend-elle du monde qui l’entoure? Que veut-elle nous dire? Comment vie-t-elle sa vie et à quoi elle pense? Ce sont d’excellentes questions à se poser soi-même, parce que ce n’est pas comme si Qu’est-ce qu’on fait ici? avait une réponse!

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MOMMY – Critique du film

26 septembre, 2014

Quand on parle du cinéma, de l’œuvre générale de Xavier Dolan, on se classe la plupart du temps dans deux catégories distinctes. Et non, on ne parle pas de camps pro ou anti-Dolan, un débat qui manque de profondeur et qui déborde inévitablement sur le reste de la production québécoise. Non, la question qui divise le public de Xavier Dolan est à savoir quelle est leur période préférée du réalisateur. Est-ce qu’on va vers J’ai tué ma mère et Les Amours imaginaires, deux films jeunes et imparfaits, mais criants de volonté, ou est-ce qu’on est plus du côté de Laurence Anyways et de Tom à la ferme, des films qui témoignent d’une « maturité » du cinéaste même s’ils ne sont pas à l’abri de certains dérapages d’une vision encore un peu juvénile. Là est la vraie question, et c’est une réflexion qui n’a pas de réponse définitive, qui n’a pas nécessairement de mauvaise réponse – quoique j’avoue que ça va me prendre un peu plus d’explications convaincantes pour Les Amours imaginaires, j’en ai bien peur. Moi? Je vais devoir aller contre le mot de mon rédacteur en chef et vous dire que de ses quatre premiers efforts, J’ai tué ma mère est encore le meilleur. Oui, c’est vrai, celui-ci a tous les défauts typiques d’une première œuvre, mais il a surtout toutes les qualités, dont une spontanéité qui pouvait seulement se produire dans un élan de créativité impromptu et sans filtre. On peut très bien reprocher au personnage principal son caractère pompeux, superflu et égocentrique, mais tout ça rajoute à la subjectivité et l’imperfection du témoignage de Dolan, et rapporte à un véritable jugement de spectateur sur les personnages de la mère et du fils; même les craques dans la façade sont intéressantes. C’est une œuvre brute, et quand le réalisateur se rapproche un peu plus d’une vision d’ensemble de la société dans Laurence Anyways… c’est là que les raccourcis de sa pensée devenaient plus durs à avaler. Enfin, pourquoi cette longue introduction? Eh bien parce que depuis longtemps on a attendu une œuvre de Dolan qui pourrait faire le pont entre ces deux époques, un mélange entre tous ses thèmes et procédés techniques, débarrassé de son surplus; un film juste, complet. Et il me fait un grand plaisir – surtout après cet été rigoureux – de vous dire que Mommy, son petit dernier, est ce mélange réussi entre les deux visions, l’aboutissement d’un chemin emprunté il y a déjà cinq ans. Ce n’est peut-être pas une révolution, mais c’est bel et bien le perfectionnement d’une vision artistique.

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TU DORS NICOLE – Critique du film

14 septembre, 2014

Au cours des derniers mois, nous avons abordé la certaine apathie du cinéma d’été, autant à travers les commandes hollywoodiennes et québécoises, mais il existe une autre raison plus personnelle pour détester la saison estivale, et c’est que c’était la saison précise où je ne foutais absolument rien pendant des années. Je suis un enfant des banlieues, plus précisément de St-Augustin-de-Desmaures, et si le reste de l’année nous tenait occupés à travers les nombreux jours d’école, l’été nous laissait à nos propres moyens – encore plus si vous ne faisiez pas partie d’un camp de jour, que j’ai toujours détesté. On ne fait rien, on s’ennuie, puis on se dit qu’on devrait lâcher l’ordinateur ou les jeux vidéo et sortir dehors, pour revenir 30 minutes plus tard, frustré de vivre dans un endroit où tout ce qu’il y a à faire, c’est de flâner dans les centres commerciaux à l’entour. Ce n’est pas une expérience qui se limite à une seule personne, au contraire, ce phénomène a même inspiré Stéphane Lafleur pour son nouveau film. Je dois avouer que Lafleur a toujours été un réalisateur qui m’a interpelé, non seulement à cause du lieu très familier, mais surtout par son regard sur la solitude quotidienne qui m’a tant atteint dans Continental : Un film sans fusil et puis par son humour à la fois mondain et surréaliste dans En terrains connus. Tu dors Nicole s’inscrit parfaitement dans l’œuvre du réalisateur et s’avère un film qui capture très bien la véritable ambiance estivale. Un film simple et proche de la réalité, mais qui offre aussi un commentaire des plus subtils de l’œuvre du réalisateur.

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1987 – Critique du film

10 août, 2014

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ce fut vraiment un été difficile pour nous. Si vous connaissez quelqu’un qui dit que l’été est la saison par excellence pour les cinéphiles, c’est un menteur, parce que cette année nous avons eu droit à un été long, ennuyeux, déprimant et passant de déception en déception. Oh oui, maintenant vous pouvez aller voir de bons films comme Snowpiercer, Boyhood et peut-être Guardians of the Galaxy, mais nous avons quand même dû survivre dans le désert pendant trois mois, un constat qui s’applique aussi à notre cinématographie. La saison estivale a été particulièrement dure pour les amateurs de cinéma québécois, non seulement parce que les propositions étaient mauvaises, mais parce qu’elles étaient encore pires. Qu’on le veuille ou non, nos espoirs déçus sont venus s’abriter sous la dernière superproduction québécoise de l’été, le plus récent film de Ricardo Trogi 1987 et la suite à son film précédent, 1981. Ça ne serait peut-être pas un très grand film, mais il pourrait tout de même s’avérer un divertissement honnête qui nous sortirait de notre profonde apathie cinématographique. Hélas, même s’il ne suit pas le ratage complet de La Petite Reine ou de Le Vrai du faux, force est d’admettre que 1987 est une œuvre décevante, non pas nécessairement en tant que film québécois de l’été, mais surtout en tant que suite à 1981.

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LE VRAI DU FAUX – Critique du film

16 juillet, 2014

Durant la saison estivale du cinéma québécois et au milieu des supposées difficultés de celui-ci au box-office, beaucoup des gens, dont des producteurs, se posent des questions sur ce que le public veut, sur la formule parfaite pour le film à succès, et il semble pour plusieurs que la personne qui se rapproche le plus de cette équation serait Émile Gaudreault, réalisateur dont les deux derniers films ont rapporté pas moins de 14 millions de dollars ensemble. Tout cela a commencé par De père en flic en 2009, une comédie d’action sans comédie ni action, un film qui restera sûrement dans les annales que pour la quantité d’argent qu’il a rapporté. Cependant, j’aimerais contrecarrer cette introduction avec une opinion apparemment très controversée par rapport à son film suivant sorti en 2011 : j’ai bien aimé Le Sens de l’humour. Si De Père en flic prenait ses références dans le buddy-cop-movie américain déjà trop plagié, Le Sens de l’humour s’attachait d’avantage à la comédie noire aux accents britanniques. C’était un film très étrange, qui fonctionnait parce que personne ne savait vraiment ce qu’il faisait, parce que les acteurs principaux étaient à l’opposé des rôles qu’on leur donne. Ce n’était pas un film pour tout le monde, comme le témoigne sa faible popularité, mais je peux avouer que oui, j’ai ri plusieurs fois durant Le Sens de l’humour, ce que je ne peux pas dire pour son film précédent, où toutes les possibilités comiques et excitantes se terminaient en cul-de-sac.

Il y a une autre chose qu’on peut concéder à Émile Gaudreault, et c’est qu’il était parfaitement au courant de l’absurdité du rôle qui lui fut décerné, celui de réalisateur de films à succès québécois, gardien du grand mythe du box-office. Ses films ont toujours eu un caractère commercial, oui, mais sans l’attente de plusieurs millions jusqu’à tout récemment. Et dans une industrie qui n’a presque jamais été profitable (encore moins avec ces blockbusters), c’est extrêmement bizarre de se faire jeter au centre de la problématique sans vraiment le vouloir. C’est un peu ce constat qui semble l’avoir motivé à faire ce dernier projet : une satire de l’industrie du cinéma québécois sur l’écart entre réalité et fiction, entre produit et œuvre profonde. C’est tristement la meilleure chose que l’on peut affirmer au sujet de son dernier opus. Le Vrai du faux est non seulement un film qui se perd dans tous les pires défauts des films précédents de Gaudreault, mais qui les fait ressortir jusqu’à devenir insupportables; un dérapage dont personne n’aurait pu prévoir l’ampleur.

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EXIL – Critique du film

12 juillet, 2014

Ce n’est pas un secret qu’il y a eu dans les dernières années une mode dans le cinéma québécois de films au regard international, mettant l’accent sur des gens venant de pays autres que le nôtre; une mode enclenchée par la sortie et le succès d’Incendies de Denis Villeneuve et de Monsieur Lazhar l’année suivante. Malheureusement, ce qui est venu avec cette mode, en plus du reproche qu’on peut leur donner par rapport à l’écart de vision entre le réalisateur et la culture de son personnage principal, c’est que l’arrivée de cette panoplie de films sur des étrangers a apporté une certaine saturation du marché pour ce genre de film; désormais, ce n’est plus assez d’avoir simplement un film québécois sur un conflit ou une culture étrangère pour intéresser le public, il faut apporter quelque chose d’autre en plus. Le réalisateur Charles-Olivier Michaud, dans les entrevues qu’il a données dans les dernières semaines, a décidé de promouvoir son dernier film avec l’idée du récit initiatique, d’une histoire où le personnage principal entreprend un grand voyage et grandit en conséquence. Cependant, Exil ne s’avère qu’un film trop maigre dans son récit et sa vision du monde, une œuvre qui ne peut absolument pas se démarquer de ceux qui sont venus avant lui.

À lire sur le Quatre Trois.