Archive for juillet 2014

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LE VRAI DU FAUX – Critique du film

16 juillet, 2014

Durant la saison estivale du cinéma québécois et au milieu des supposées difficultés de celui-ci au box-office, beaucoup des gens, dont des producteurs, se posent des questions sur ce que le public veut, sur la formule parfaite pour le film à succès, et il semble pour plusieurs que la personne qui se rapproche le plus de cette équation serait Émile Gaudreault, réalisateur dont les deux derniers films ont rapporté pas moins de 14 millions de dollars ensemble. Tout cela a commencé par De père en flic en 2009, une comédie d’action sans comédie ni action, un film qui restera sûrement dans les annales que pour la quantité d’argent qu’il a rapporté. Cependant, j’aimerais contrecarrer cette introduction avec une opinion apparemment très controversée par rapport à son film suivant sorti en 2011 : j’ai bien aimé Le Sens de l’humour. Si De Père en flic prenait ses références dans le buddy-cop-movie américain déjà trop plagié, Le Sens de l’humour s’attachait d’avantage à la comédie noire aux accents britanniques. C’était un film très étrange, qui fonctionnait parce que personne ne savait vraiment ce qu’il faisait, parce que les acteurs principaux étaient à l’opposé des rôles qu’on leur donne. Ce n’était pas un film pour tout le monde, comme le témoigne sa faible popularité, mais je peux avouer que oui, j’ai ri plusieurs fois durant Le Sens de l’humour, ce que je ne peux pas dire pour son film précédent, où toutes les possibilités comiques et excitantes se terminaient en cul-de-sac.

Il y a une autre chose qu’on peut concéder à Émile Gaudreault, et c’est qu’il était parfaitement au courant de l’absurdité du rôle qui lui fut décerné, celui de réalisateur de films à succès québécois, gardien du grand mythe du box-office. Ses films ont toujours eu un caractère commercial, oui, mais sans l’attente de plusieurs millions jusqu’à tout récemment. Et dans une industrie qui n’a presque jamais été profitable (encore moins avec ces blockbusters), c’est extrêmement bizarre de se faire jeter au centre de la problématique sans vraiment le vouloir. C’est un peu ce constat qui semble l’avoir motivé à faire ce dernier projet : une satire de l’industrie du cinéma québécois sur l’écart entre réalité et fiction, entre produit et œuvre profonde. C’est tristement la meilleure chose que l’on peut affirmer au sujet de son dernier opus. Le Vrai du faux est non seulement un film qui se perd dans tous les pires défauts des films précédents de Gaudreault, mais qui les fait ressortir jusqu’à devenir insupportables; un dérapage dont personne n’aurait pu prévoir l’ampleur.

À lire sur le Quatre Trois.

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Katamari Damacy

12 juillet, 2014

KatamariBomb

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EXIL – Critique du film

12 juillet, 2014

Ce n’est pas un secret qu’il y a eu dans les dernières années une mode dans le cinéma québécois de films au regard international, mettant l’accent sur des gens venant de pays autres que le nôtre; une mode enclenchée par la sortie et le succès d’Incendies de Denis Villeneuve et de Monsieur Lazhar l’année suivante. Malheureusement, ce qui est venu avec cette mode, en plus du reproche qu’on peut leur donner par rapport à l’écart de vision entre le réalisateur et la culture de son personnage principal, c’est que l’arrivée de cette panoplie de films sur des étrangers a apporté une certaine saturation du marché pour ce genre de film; désormais, ce n’est plus assez d’avoir simplement un film québécois sur un conflit ou une culture étrangère pour intéresser le public, il faut apporter quelque chose d’autre en plus. Le réalisateur Charles-Olivier Michaud, dans les entrevues qu’il a données dans les dernières semaines, a décidé de promouvoir son dernier film avec l’idée du récit initiatique, d’une histoire où le personnage principal entreprend un grand voyage et grandit en conséquence. Cependant, Exil ne s’avère qu’un film trop maigre dans son récit et sa vision du monde, une œuvre qui ne peut absolument pas se démarquer de ceux qui sont venus avant lui.

À lire sur le Quatre Trois.

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EDGE OF TOMORROW – Critique du film

11 juillet, 2014

Au-delà de la montée des films à grand déploiement au caractère sérieux dans la foulée du Dark Knight, il ne faut pas oublier l’autre tendance que Christopher Nolan a popularisée dans l’ombre d’un de ses films: le renouvellement d’une science-fiction plus complexe. Avec le succès d’Inception, les exécutifs des studios américains ont découvert un public prêt à se perdre dans des univers uniques aux intrigues bien ficelées qui font travailler l’intellect de son auditoire au lieu de le tenir par la main à chaque seconde en lui offrant un monde très familier. D’excellents films comme Inception, bien sûr; Looper, qui… était décevant dans ses clichés et ses opportunités manquées; Transcendence, qui était du même calibre que des films comme The Lawnmower Man ou Virtuosity; ou bien Sucker Punch, qui était franchement un étron incroyable. Car le problème avec cette proposition, c’est qu’après avoir promis un monde et une histoire unique et mémorable, il faut livrer la marchandise, et ce n’est pas donné à tout le monde. Edge of Tomorrow, le dernier film mettant en vedette Tom Cruise, pourrait sembler être loin des films mentionnés ci-haut, mais il y a peut-être de l’espoir; le long-métrage est inspiré d’un roman japonais nommé All You Need is Kill, ce qui rappelle les influences japonaises de Pacific Rim l’année dernière, mais surtout, qui rappelle le roman Paprika de Yasutaka Tsutsui qui a justement inspiré Inception de Christopher Nolan en plus d’avoir été l’objet d’une superbe adaptation cinématographique par le réalisateur Satoshi Kon. Avec cette influence de la science-fiction japonaise, on pourrait bien avoir droit à une belle surprise. Cependant, si on peut bien dire qu’Edge of Tomorrow est un film d’action au minimum compétent, la dimension unique et mémorable devra être laissée de côté.

À lire sur le Quatre Trois.

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LA PETITE REINE – Critique du film

8 juillet, 2014

Mesdames et messieurs, bienvenue à cette nouvelle édition de la saison des blockbusters québécois! Oui, mesdames et messieurs, comme chaque été, année après année, nous avons droit à trois films québécois grand public, trois films à grand potentiel commercial en espérant du fond du cœur que Vincent Guzzo va un jour se la fermer : un drame biographique, un film d’action et une comédie. Et comme tant d’années auparavant, nous commençons cette saison avec un drame inspiré de faits réels : La Petite Reine. Maintenant, j’ai déjà abordé les problèmes et les stigmates de la dépendance du public québécois aux histoires vraies dans un texte l’été dernier, alors je ne vais pas me répéter. Cependant, il y a un élément narratif très important absent de Louis Cyr et qui revient en force dans notre sujet d’aujourd’hui : victimisation! Oh mon dieu que ma vie est dure et horrible, et je ne parle pas de la vingtaine d’itinérants que j’ai croisés en prenant le métro ce matin, ou de toutes ces femmes autochtones qui sont enlevées et probablement tuées dans leurs réserves, ou de notre environnement qui est traité avec la plus grande apathie; mon bus est arrivé cinq minutes en retard ce matin! …Je suis quand même arrivé à temps au travail, mais j’étais vraiment stressé pendant deux minutes!

Bon, écoutez, ce n’est pas un secret que l’idée de la victime de circonstance est un des mythes fondateurs de notre province, abandonnée par les Français et encerclée par les Anglais. C’est une obsession qui nous suit dans notre cinéma depuis La Petite Aurore, l’enfant martyre, et qui va probablement être avec nous jusqu’à ce que nous soyons tous morts. C’est un mythe qui peut être très dangereux, non seulement parce qu’il entretient une vision défaitiste que nous ne pouvons rien faire, mais aussi parce que l’application de ce concept de victimisation tend à révoquer notre responsabilité dans cette problématique, même lorsque nous sommes à blâmer dans plusieurs domaines (la pauvreté, les réserves autochtones, l’environnement). Alors tout ce qu’on peut souhaiter pour ce nouveau film, c’est de ne pas tomber dans les puits sans fond du genre qu’il a choisi. Malheureusement pour nous, La Petite Reine n’est pas le mauvais film que l’on redoutait; c’est pire. Bien, bien pire.

À lire sur le Quatre Trois.